Stockage du carbone dans les sols : quelles sont les cultures à fort potentiel ?

Comme tous les végétaux, les grandes cultures piègent naturellement une partie du carbone atmosphérique dans les sols. Leur potentiel est certes moins important que celui des prairies ou des forêts (pour lesquelles l’enjeu consiste surtout à maintenir le stock) mais il n’est pas anodin : l’étude 4 pour mille, publiée par l’Inrae, fixe ainsi à plus de 0,5% la quantité de carbone qui pourrait être stockée en plus chaque année dans les sols dédiés aux grandes cultures, pour peu que soient adoptées des pratiques “stockantes”.

Si la réduction du travail du sol, longtemps considérée comme un levier majeur du stockage du carbone, fait désormais l’objet d’un débat, un grande nombre de ces pratiques sont connues : implantation de cultures intermédiaires et/ou associées, insertion de davantage de prairies temporaires dans la rotation, fertilisation organique, plantation de haies… qu’en est-il du choix des cultures ? Y a-t-il des espèces plus à même de fixer de grandes quantités de carbone dans les sols ? S’il est par exemple reconnu que le colza figure au palmarès des cultures les plus “stockantes”, établir un classement n’est en réalité pas si simple.

Le stockage du carbone, un processus long et multifactoriels

« Nous savons estimer la quantité de carbone “humifié” restitué au sol par une culture, explique Hélène Lagrange, ingénieure R&D fertilisation, rattachée au Pôle agronomie d’ARVALIS - Institut du végétal. En revanche, nous ne savons pas encore déterminer précisément sa contribution au stockage du carbone, car une partie de celui-ci est progressivement “consommé” par les micro-organismes du sol. Or, ce phénomène, appelé minéralisation, se déroule sur un temps long et dans un contexte de successions culturales, de pratiques, de climats et de sols qui diffèrent d’une exploitation à l’autre. »

Un constat qui aurait pu en rester là si l’affichage environnemental des produits agro-alimentaires n’était pas en train d’évoluer pour inclure le stockage du carbone à son système de notation. « Nous allons devoir réfléchir à la manière d’allouer un potentiel de stockage de carbone à une culture à l’échelle d’une rotation, et non plus dans un système de cultures dans la durée », explique Laure Nitschelm, ingénieure recherche et développement sur les sujets de l’évaluation environnementale et du bilan carbone des grandes cultures pour ARVALIS - Institut du végétal.

« Le choix d’une espèce peut être un levier pour stocker plus de carbone »

Une mission dévolue au Groupement d'Intérêt Scientifique “Réseau pour l'Évaluation environnementale des produits agricoles et alimentaires (GIS REVALIM)” , dont les travaux doivent débuter en octobre 2022, et auxquels participe Laure Nitschelm. Les résultats alimenteront la base de données Agribalyse. « Aujourd’hui, on connaît quand même un peu les tendances, notent les deux expertes. Nous avons mené des essais sur nos fermes types avec la méthode label bas carbone grandes cultures et certaines cultures donnent de meilleurs résultats : c’est le cas du maïs grain mais aussi du colza qui ont des restitutions importantes. Il est certain que le choix d’une espèce peut être un levier pour stocker plus de carbone. »

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